CHAPTER 1: Les brûlures de la vérité
Part 1
« Donne-moi ce code ou je te jure que Vanessa prend la carte de force », a hurlé Daniel en abattant sa main sur la table de la cuisine. Quand Claire a posé son pli de rejet de la banque sur la nappe, son mari a saisi sa tasse d’espresso brûlant et lui a hâtivement jeté le liquide au visage. La brûlure au deuxième degré s’est propagée sur sa joue droite en quelques secondes, mais Daniel s’est contenté de ramasser le portefeuille tombé au sol. Une heure plus tard, les mains tremblantes sur le volant de sa Peugeot 308, Claire entrait dans la cour de l’hôpital Saint-Louis à Paris, le visage recouvert d’une serviette trempée. Elle ne savait pas encore que cette tasse de café venait d’anéantir sept ans de manipulation financière soigneusement orchestrée par la famille Mercier.
Je suis restée immobile dans le hall d’accueil des urgences de l’hôpital Saint-Louis.
La serviette détrempée glissait contre ma joue droite, laissant échapper des gouttes d’eau tiède sur mon col de chemise.
Chaque centimètre de peau touché par le café me brûlait comme une lame chauffée au rouge.
Dans la salle d’attente, une télévision accrochée au mur diffusait une émission culinaire joyeuse. Un présentateur riait à pleins poumons au milieu d’un décor pastel.
Ce contraste avec la douleur sourde qui me traversait le crâne me donnait l’impression d’être observatrice de ma propre vie.
L’infirmière d’accueil a levé les yeux de son écran d’ordinateur.
Elle a aperçu la serviette rouge et les rougeurs vives sur mon cou. Elle a immédiatement posé son stylo.
« Asseyez-vous tout de suite sur ce fauteuil, Madame. Qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Une tasse de café. Un espresso brûlant. »
Ma voix n’était plus qu’un souffle enroué et mal assuré.
Un médecin urgentiste en blouse bleue s’est approché à pas rapides. Il a doucement écarté le tissu humide accroché à ma chair.
Un pli sévère s’est formé entre ses sourcils. Il a attrapé un flacon de sérum physiologique et des compresses stériles sur un guéridon roulant.
« C’est une brûlure au deuxième degré intermédiaire sur la joue droite et le haut du cou », a-t-il déclaré en tamponnant délicatement la zone. « Qui vous a fait ça ? »
« Mon mari. Daniel Mercier. »
Le médecin a marqué une pause nette. Son regard est devenu grave. Il a saisi sa tablette numérique pour consigner l’examen.
« Je rédige le certificat médical immédiatement. Avec la profondeur des lésions cutanées et l’état de choc, je fixe votre incapacité totale de travail à douze jours. »
« Douze jours d’ITT ? »
« Oui, Madame Valois. Douze jours. Ce document comporte une mention judiciaire obligatoire. N’attendez pas pour aller voir la police. »
Il m’a tendu le volet blanc du certificat officiel.
En haut de la feuille, le tampon du service des urgences imprimait en capitales noires : *ITT de 12 jours — Violences physiques par projection de liquide brûlant*.
Je n’ai pas repris la route de notre appartement familial de l’avenue Victor-Hugo.
J’ai démarré la Peugeot 308 et j’ai traversé Paris vers le commissariat du 16e arrondissement.
Dans le hall de la police, l’odeur du papier sec et du tabac froid remplaçait celle de l’hôpital.
Une femme en uniforme de lieutenante est sortie d’un bureau vitré. Son badge cuivré indiquait : *Lieutenante Corinne Renard*.
Elle a observé la compresse imposante fixée sur ma joue, puis m’a fait signe de la suivre dans un petit bureau d’audition.
« Asseyez-vous, Madame Valois. Racontez-moi exactement ce qui s’est passé dans votre cuisine. »
J’ai déposé le certificat médical de l’hôpital Saint-Louis sur son buvard bleu.
« Mon mari voulait m’arracher le code d’accès de notre compte professionnel. Quand j’ai posé le courrier de rejet de la banque sur la table, il m’a jeté le contenu de sa tasse au visage et a pris mon portefeuille. »
La lieutenante Renard a tapé mes déclarations à la volée sur son clavier d’ordinateur.
« A-t-il utilisé la tasse comme un projectile ou a-t-il consciemment visé votre visage ? »
« Il a saisi la tasse par l’anse et m’a projeté le liquide à moins de cinquante centimètres de distance. »
La policière s’est redressée sur sa chaise. Ses yeux clairs se sont ancrés dans les miens.
« La projection d’un liquide brûlant constitue l’utilisation d’une arme par destination. Couplée à vos douze jours d’ITT, la qualification est pénale. Il s’agit de violences volontaires aggravées. »
« Je souhaite déposer plainte immédiatement. »
« Votre plainte est enregistrée », a répondu la lieutenante Renard en imprimant le procès-verbal. « Une procédure de protection immédiate est lancée. Le dossier sera transmis au Parquet de Paris avant dix-sept heures. »
Elle a signed la feuille officielle et m’en a remis le double.
« Avez-vous un endroit sûr où dormir ce soir ? N’essayez pas de rentrer chez vous seule. »
« Mon mari pense m’avoir brisée. Il se trompe. »
Je suis sortie sur le boulevard.
Le vent frais de la fin d’après-midi piquait la chair à vif de ma joue, mais mes doigts sur mon sac à main ne tremblaient plus.
J’ai composé le numéro direct de Maître Bertrand Lemaire, l’avocat historique de mon père.
Il a décroché à la deuxième sonnerie.
« Claire ? J’ai reçu votre SMS d’alerte. Où êtes-vous ? »
« Je sors du commissariat du 16e arrondissement, Maître Lemaire. La plainte est déposée pour violences aggravées avec arme par destination. J’ai un certificat d’ITT de douze jours. »
Un silence pesant a traversé la ligne téléphonique, suivi du froissement d’un dossier en papier.
« Mon Dieu… Claire, est-ce que vous êtes en sécurité ? »
« La brûlure est importante, mais je suis debout. Daniel s’est enfui avec mon portefeuille et la carte bancaire noire. »
Me Lemaire a émis un soupir inquiet.
« S’il possède cette carte, il va tenter d’effectuer un virement d’urgence avant la fermeture des compensations pour financer la boutique de sa sœur Vanessa. Nous devons agir sur le champ. »
Un calme étrange m’a envahie.
« Daniel commet la plus grande erreur de sa vie, Maître. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Il est persuadé de m’avoir volé la carte d’un simple compte d’épargne personnel. »
« Ce n’est pas le cas ? »
« Non. La carte qu’il détient entre les mains contrôlait le compte de réserve de la holding de tête Valois Patrimoine. »
Au téléphone, le bruit de frappe sur le clavier de l’avocat s’est interrompu net.
« Le compte de la holding de tête ? Mais ce compte détient… »
« Il détient exactement cinquante-un pour cent des droits de vote de l’ensemble du groupe Valois », ai-je répondu d’une voix neutre et posée.
« Et Daniel pense pouvoir l’utiliser librement ? »
« Daniel n’a jamais été qu’un simple mandataire révocable sur ce compte, sans aucun titre de propriété. En m’agressant physiquement pour s’en emparer, il vient de déclencher la révocation de plein droit de son mandat social. »
Part 2
Me Lemaire a repris son souffle à l’autre bout du fil.
« Claire, la situation est encore plus urgente que nous le pensions », a-t-il enchaîné d’un ton tendu. « Je viens de recevoir un signalement de la banque centrale. »
« Qu’a fait Daniel ? »
« Il a déposé il y a trente minutes un chèque de caution de 150 000 euros, tiré directement sur le compte de l’entreprise. C’est pour garantir le bail du magasin de luxe de sa sœur Vanessa. Le virement est compensable dès demain matin à neuf heures. »
J’ai serré le poing. La douleur sur ma joue lançait à chaque battement de mon cœur.
« Ce compte n’a pas la trésorerie pour supporter un tel retrait sans mettre en péril les salaires du mois », ai-je répondu.
« Je sais. S’il passe, la société est en défaut de paiement. »
« Procédez immédiatement à un rejet d’obstacle pour signature frauduleuse », ai-je ordonné sans hésitation. « Et révoquez la signature sociale de Daniel sur l’ensemble de nos comptes professionnels. À partir de cet instant, il n’a plus aucun pouvoir bancaire. »
« C’est fait dans les dix minutes », a confirmé Maître Lemaire.
Une heure plus tard, je suis arrivée au bas de mon immeuble de l’avenue Victor-Hugo.
Deux policiers en uniforme du commissariat m’attendaient devant le porche, aux côtés de deux serruriers portant leurs mallettes d’outils.
Nous avons monté les marches jusqu’au quatrième étage.
En sortant de l’ascenseur, j’ai vu Daniel debout sur le palier. Il avait les bras croisés et affichait un sourire arrogant, convaincu que je venais rampante pour lui demander pardon et lui donner les accès bancaires.
Mais son sourire s’est éteint net lorsqu’il a aperçu les deux insignes de police derrière moi.
« Claire ? Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? » a-t-il hurlé en faisant un pas agressif dans ma direction.
L’un des policiers s’est immédiatement interposé, le repoussant d’un geste sec.
« Reculez tout de suite, Monsieur », a ordonné l’agent d’une voix glaciale. « Éloignez-vous de Madame Valois ou nous vous mettons immédiatement les menottes. »
CHAPITRE 2: L’illusion du toit conjugal
Les gyrophares bleus de la police balayaient la façade en pierre de taille du 142 avenue Victor-Hugo.
Deux serruriers posaient leurs caisses d’outils sur le paillasson du quatrième étage. À côté d’eux, la lieutenante Corinne Renard gardait une main posée sur son ceinturon.
La porte blindée s’est ouverte brusquement. Daniel est apparu sur le seuil, la chemise légèrement déboutonnée et un verre de whisky à la main.
“Qu’est-ce que c’est que cette mascarade ?” a rugi Daniel en pointant un doigt vengeur vers Claire. “Tu ramènes la police chez nous ?”
“Monsieur Mercier, veuillez baisser d’un ton,” a ordonné la lieutenante Renard d’une voix calme et sans réplique. “Nous sommes ici pour assister Madame Valois.”
“C’est mon appartement !” a hurlé Daniel. Ses yeux injectés de sang passaient de la serviette humide posée sur la joue droite de Claire aux deux officiers. “Cet appartement de 220 mètres carrés appartient au couple. Mon avocat va vous faire interdire l’accès dès demain matin.”
La lieutenante s’est tournée vers Claire sans ciller.
“Madame Valois, avez-vous les justificatifs de propriété ?”
Claire a plongé la main dans son sac en cuir noir. Elle en a extrait un document notarié relié d’un ruban bleu.
“C’est une donation entre vifs rédigée par mon père trois ans avant notre mariage,” a dit Claire. Sa voix était posée, sans le moindre tremblement. “Assortie d’une clause d’exclusion de communauté sous le régime de la séparation de biens pure et simple.”
La lieutenante Renard a parcouru la première page sous le néon du palier. Elle a relevé la tête vers Daniel.
“Le nom de Monsieur Mercier n’apparaît nulle part sur cet acte foncier,” a déclaré l’enquêtrice. “Monsieur, vous avez trente minutes sous notre surveillance pour rassembler vos effets personnels dans deux valises.”
Le visage de Daniel s’est vidé de son sang. La mâchoire serrée, il a reculé d’un pas dans l’entrée.
“Tu crois avoir gagné ?” a chuchoté Daniel à l’oreille de Claire pendant qu’il jetait ses costumes dans un sac de voyage sous le regard d’un policier. “Tu ne reverras plus jamais un centime des comptes de la société.”
Claire n’a pas répondu. Elle savait ce que Daniel ignorait encore : au rez-de-chaussée de l’immeuble, un commissaire de justice l’attendait déjà dans sa voiture pour lui signifier sa première sommation.
CHAPITRE 3: L’inventaire du mensonge
Le lendemain à huit heures précises, la pluie battante fouettait les vitres d’un cabinet d’avocats de la rue du Faubourg Saint-Honoré.
Antoine Bellerose a posé un dossier en carton rigide sur la table en acajou. L’ancien expert-comptable de Henri Valois ajusta ses lunettes à monture dorée.
“Pendant que vous étiez aux urgences de l’hôpital Saint-Louis, j’ai passé la nuit sur la comptabilité analytique,” a dit Antoine.
“Qu’as-tu trouvé, Antoine ?” a demandé Claire. La pommade apaisante luisait sur sa peau brûlée.
“Daniel a vidé les réserves à un rythme effarant,” a répondu l’expert-comptable en lui tendant un tableau croisé dynamique. “1 200 000 euros extraits en trente-six mois.”
Claire a parcouru les lignes du document. Vingt-quatre virements mensuels identiques de 50 000 euros.
“Vers quelle entité ?” a demandé Me Lemaire, assis à côté d’elle.
“Une société écran baptisée ‘VM Créations’,” a expliqué Antoine en frappant le papier du bout du doigt. “Enregistrée au nom de jeune fille de sa sœur Vanessa, avec un compte professionnel logé à la Banque Générale du Luxembourg.”
Me Lemaire a pris une note rapide sur son bloc-notes juridiques.
“Ce n’est pas tout,” a ajouté Antoine en sortant une seconde chemise rouge. “Il a engagé la garantie solidaire de Valois Patrimoine pour un prêt personnel de 300 000 euros.”
“Pour financer quoi ?” a demandé Claire.
“Ses dettes de jeu au casino de Enghien-les-Bains,” a répondu l’expert-comptable avec une grimace de dégoût. “Les créanciers commençaient à menacer la holding.”
Claire a relevé la tête vers son avocat.
“Maître Lemaire, préparez la plainte pour abus de biens sociaux et recel d’abus de biens sociaux,” a dit Claire. “Nous saisissons le Procureur de la République avant midi.”
CHAPITRE 4: La riposte par la boue
À quatorze heures, le téléphone de Claire a vibré de manière ininterrompue sur le bureau du cabinet.
Daniel venait de publier une série de clichés sur son compte Instagram aux cinquante mille abonnés. Les photos montraient le salon de l’appartement avec des chaises renversées et des cadres brisés.
La légende sous la publication accusait directement Claire d’avoir sombré dans une démence violente, prétendant qu’elle s’était infligé elle-même ses brûlures au visage avant de le chasser du domicile.
Cinq minutes plus tard, Julien Castel, l’actionnaire minoritaire détenant 15 % du groupe Valois, appelait sur la ligne directe de Claire.
“Claire, c’est un carnage médiatique,” a lâché Julien sans préambule. “Les investisseurs paniquent. L’action non cotée perd toute sa valeur de référence. Le conseil veut votre démission sous vingt-quatre heures.”
“Julien, ne vous laissez pas manipuler par des captures d’écran,” a répondu Claire d’un ton sec. “La vérité comptable arrive.”
Au même moment, Vanessa Mercier publiait une vidéo en direct depuis la rue Royale, posant fièrement devant la devanture en travaux de sa future boutique de luxe.
“Certaines personnes essaient de détruire la création artistique par pure jalousie familiale,” déclarait Vanessa face caméra en riant, une flûte de champagne à la main. “Mais la boutique ouvrira le mois prochain, quoi qu’il en coûte aux frustrées.”
Me Lemaire a tapé du poing sur la table.
“C’est une manœuvre classique d’éviction par la calomnie,” a déclaré l’avocat. “Ils cherchent à créer une panique chez les actionnaires pour précipiter votre destitution.”
“Combien de temps pour obtenir une audience ?” a demandé Claire.
“Je dépose une assignation en référé d’heure à heure au Tribunal Judiciaire de Paris,” a répondu Me Lemaire en saisissant son manteau. “Demain matin à neuf heures, ils devront s’expliquer devant un juge.”
CHAPITRE 5: La preuve par les images
La salle numéro quatre du Tribunal Judiciaire de Paris puaient la cire à parquet et la laine mouillée.
L’avocat de Daniel s’est levé, ajustant sa robe noire devant le président du tribunal.
“Mon client est la véritable victime dans cette affaire,” a martelé l’avocat de la défense. “Monsieur Mercier a subi les accès de violence répétés d’une épouse instable qui cherche à ruiner sa carrière politique locale.”
Me Lemaire s’est levé à son tour. Il a posé une clé USB sur le pupitre du greffier.
“Monsieur le Président, nous demandons le visionnage des enregistrements de la vidéosurveillance du hall du 142 avenue Victor-Hugo, ainsi que l’écoute de la bande audio du 112,” a dit Me Lemaire.
L’écran plat fixé au mur du tribunal s’est allumé.
La vidéo datée de la veille montrait Daniel sortant de l’ascenseur deux minutes exactement après l’agression. Il tenait la tasse à espresso encore fumante.
Sur les images, il souriait. Dans l’ascenseur, il tapait dans la main de sa sœur Vanessa, avant que tous deux ne sortent dans la rue pour entrer dans la boutique Hermès située à cinquante mètres.
“L’appel aux services d’urgence à été passé quarante-cinq minutes plus tard,” a précisé Me Lemaire dans le silence de la salle. “Depuis la terrasse d’un café, après avoir acheté une pochette en cuir à 2 400 euros avec la carte de la société.”
Daniel, assis sur le banc de la défense, est devenu livide. Il a baissé les yeux vers le sol.
Le président du tribunal a tapé avec son marteau.
“Ordonnons la saisie conservatoire immédiate de tous les avoirs de Monsieur Daniel Mercier à hauteur de 500 000 euros,” a déclaré le juge. “Et lui faisons interdiction stricte de s’approcher de Madame Claire Valois à moins de 500 mètres.”
CHAPITRE 6: Le piège de la belle-sœur
Le surlendemain, un SMS est arrivé sur le téléphone portable de Claire.
*« Je dois te parler. Seule. Sans Daniel. Au café de la gare Saint-Lazare. J’ai de quoi le détruire. »*
À dix-neuf heures, Vanessa attendait dans l’arrière-salle enfumée de la brasserie. Ses ongles parfaitement manucurés frottaient nerveusement le bord d’une soucoupe.
“Daniel est devenu complètement fou,” a murmuré Vanessa dès que Claire s’est assise. “Il veut liquider tous les actifs. Il va couler la boîte.”
Vanessa a glissé un téléphone portable sur la nappe en papier.
“J’ai un enregistrement où il explique comment il va maquiller le bilan de fin d’année,” a chuchoté Vanessa. “Je te le donne si tu abandonnes les poursuites pour recel contre ma boutique.”
Claire a ramassé le téléphone, l’a retourné, puis a fixé sa belle-sœur dans les yeux.
“Ce fichier audio contient des métadonnées intégrées, Vanessa,” a dit Claire d’une voix neutre. “Antoine Bellerose a analysé les extraits que tu as envoyés à la banque la semaine dernière.”
Vanessa a figé son geste.
“Tu chantes ton propre frère depuis huit mois,” a continué Claire. “Tu l’enregistrais à son insu pour lui extorquer le financement de ton magasin.”
À la table voisine, un homme en costume sombre s’est levé en tenant un carnet à la main. Il s’est approché d’elles.
“Commissaire de justice,” a dit l’homme en présentant sa carte professionnelle. “Je viens de retranscrire l’intégralité de cette tentative d’extorsion en bande organisée.”
Vanessa s’est effondrée en sanglots sur la table, cachant son visage dans ses mains.
“Il a transféré 200 000 euros de plus ce matin !” a hurlé Vanessa entre deux sanglots. “Sur un compte secret à la banque Pictet à Genève ! C’est lui qui m’a obligée à tout signée !”
CHAPITRE 7: Le coup d’État manqué
Le jeudi suivant à dix heures, la grande salle du conseil d’administration du siège de Valois Patrimoine, boulevard Haussmann, était plongée dans une atmosphère glaciale.
Daniel est entré d’un pas lourd, flanqué de son avocat. Il portait un costume sombre, tentant de masquer sa fébrilité derrière un sourire arrogant.
“Messieurs les membres du conseil,” a commencé Daniel en s’installant en bout de table. “En raison de l’incapacité médicale évidente de mon épouse, je mets aux voix la résolution numéro une : la révocation immédiate de Claire Valois de son mandat de présidente.”
Il a balayé la pièce du regard, s’attendant à voir les mains des petits porteurs se lever.
Aucun des dix administrateurs présents ne s’est réjoui. Ils gardaient les yeux fixés sur la table.
Claire a fait glisser un document officiel le long de la table en bois verni.
“Vous n’avez plus la qualité pour convoquer cette assemblée, Daniel,” a dit Claire.
Daniel a froncé les sourcils en saisissant le papier stampillé du sceau du ministère de la Justice.
“Qu’est-ce que c’est que ça ?” a-t-il craché.
“Une ordonnance rendue ce matin à huit heures par le Président du Tribunal de Commerce de Paris,” a répondu Claire. “Prononçant la suspension immédiate de vos mandats sociaux au sein du groupe Valois.”
“C’est absurde !” a crié Daniel en se levant brutalement. “Je possède les procurations de vote !”
“Vos droits de vote sont gelés pour faute de gestion d’une gravité exceptionnelle,” a ajouté Me Lemaire depuis le fond de la salle. “Vous n’êtes plus qu’un simple spectateur dans cette pièce.”
CHAPITRE 8: L’effondrement du clan Mercier
Daniel a jeté sa chaise en arrière. Il a fait deux pas vers Claire, le visage déformé par la rage.
“Tu crois que tu vas me balayer comme ça ?” a rugi Daniel en abattant ses deux poings sur la table.
La porte à double battant de la salle du conseil s’est ouverte avec fracas.
La lieutenante Corinne Renard est entrée la première, suivie de trois capitaines de la Brigade Financière en tenue civile.
“Daniel Mercier,” a déclaré la lieutenante Renard en déployant un parchemin d’État. “Mandat d’amener délivré par le juge d’instruction pour abus de biens sociaux, faux en écriture de commerce et blanchiment d’argent.”
“Qui vous a donné l’accès à ces serveurs ?” a hurlé Daniel en se tournant vers les policiers. “C’est impossible ! Les clés d’accès étaient dans mon coffre virtuel sécurisé !”
Au bout de la table des invités, un homme âgé s’est lentement levé.
Marc Mercier, le père de Daniel, avait le visage ravagé par la honte.
“C’est moi qui ai donné les mots de passe à Claire hier soir, Daniel,” a dit Marc d’une voix brisée.
“Papa ?” a balbutié Daniel, frappé de stupeur. “Tu m’as trahi ?”
“Tu avais engagé ma caution solidaire sur tes emprunts frauduleux !” a crié le vieil homme, les larmes aux yeux. “Tu allais faire saisir ma retraite et la maison de famille pour payer tes dettes de jeu !”
Me Lemaire s’est avancé vers Daniel, un dossier d’expertise fiscale à la main.
“L’audit définitif vient de déclencher la clause de garantie d’actif et de passif que vous avez signée il y a deux ans,” a annoncé l’avocat. “Le redressement fiscal immédiat s’élève à 1 800 000 euros. Et vous en répondez personnellement sur vos biens propres.”
Daniel s’est effondré sur sa chaise, le regard vide.
Un capitaine de la Brigade Financière lui a fait passer les menottes aux poignets devant l’ensemble des administrateurs silencieux.
Marc Mercier a détourné les yeux lorsque son fils a été escorté vers la sortie du siège social.
CHAPITRE 9: La clarté retrouvée
Deux mois plus tard, la dix-septième chambre correctionnelle du Tribunal de Paris rendait son délibéré dans un silence de cathédrale.
Daniel Mercier a été condamné à trois ans de prison, dont dix-huit mois ferme avec mandat de dépôt immédiat, accompagnés d’une interdiction définitive de gérer toute société commerciale.
Sa sœur, Vanessa Mercier, a été condamnée pour recel d’abus de biens sociaux à rembourser 330 000 euros à la holding.
Le liquidateur judiciaire a fait vendre aux enchères publiques l’intégralité du stock de sa boutique de la rue Royale pour une valeur de 180 000 euros afin de épurer les dettes de bail.
Trois semaines après le jugement, Claire a présidé la première réunion du nouveau conseil de surveillance de Valois Patrimoine.
Antoine Bellerose a été nommé vice-président de la structure, assurant la transition comptable sous le nom historique de l’entreprise fondatrice.
Le soir même, Claire est rentrée seule dans son appartement de l’avenue Victor-Hugo. Les serrures neuves tournaient avec une douceur parfaite.
Elle s’est approchée du grand miroir doré du salon.
La cicatrice rose sur sa joue droite s’était estompée sous les soins, ne laissant qu’une marque fine et claire sous la lumière du lustre.
Elle a posé ses doigts nus sur sa peau, sans trembler, enfin libérée de l’emprise qui avait failli la détruire.
Il croyait avoir brûlé mon visage pour me faire baisser les yeux, mais la douleur m’a seulement ouvert les yeux sur la fragilité de son empire de papier.
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