CHAPTER 1: L’Alliance des Ombres
Part 1
Mon père m’a traînée de force dans la chambre 402 de la clinique privée Saint-Augustin à Marseille.
Il m’a obligée à signer un acte de mariage immédiat avec Alexandre Moreau, un milliardaire du crime organisé plongé dans un coma profond depuis neuf mois.
Pour effacer une soi-disant dette de 2,4 millions d’euros auprès du milieu, mon père offrait ma liberté en pâture.
Quand les témoins sont sortis, je me suis penchée sur ce visage immobile pour lui murmurer ma détresse à voix basse.
Soudain, ses doigts glacés ont agrippé mon poignet, ses yeux se sont entrouverts, et il a sifflé dans un souffle : “Ne fais pas confiance à Gaspard.”
L’homme qu’il me désignait n’était autre que mon propre mentor, celui qui m’avait tout appris.
Le souffle d’Alexandre s’est éteint aussi vite qu’il était apparu. Ses doigts se sont relâchés de mon poignet, laissant une marque froide sur ma peau. Le vertige m’a saisie.
Ses yeux, un instant perçants, sont redevenus vitreux et distants, fixant un point invisible au plafond. Les machines ont continué leur ballet régulier, indifférentes à l’événement qui venait de briser le silence de la chambre 402.
J’ai reculé d’un pas, mes jambes tremblantes refusant de supporter mon poids. Je me suis effondrée sur le rebord du lit, le regard fixé sur l’homme qui était désormais mon mari, et qui venait de cracher un nom dans un dernier sursaut de conscience.
Gaspard.
Le nom a résonné dans le petit espace, entre le lit médicalisé et la table de nuit où reposait une bouteille d’eau à moitié vide. C’était un coup de marteau, assourdi par l’incrédulité. Gaspard Vaneau. Mon mentor.
Celui qui m’avait tout appris sur les rouages complexes de la finance, sur la manière de traquer l’argent illicite, de décortiquer les bilans et les comptes offshores. Celui qui m’avait recrutée, il y a cinq ans, avec sa promesse d’une vie excitante, loin des chiffres poussiéreux.
Je l’appelais “Jason”, son surnom dans le milieu, respecté par tous pour son intelligence acérée et son sang-froid. Il m’avait façonnée. Il m’avait fait confiance.
Je me suis penchée à nouveau vers Alexandre, espérant une nouvelle lueur, un autre mot. Mais son visage restait impassible, le masque de cire d’un homme en attente. Seule sa poitrine se soulevait et s’abaissait imperceptiblement sous le drap blanc de l’hôpital.
Un filet de salive perlait au coin de ses lèvres, soulignant la fragilité de sa vie suspendue. Une vie que, techniquement, je venais de lier à la mienne.
La pièce elle-même semblait se contracter autour de moi, l’air vicié par l’odeur d’antiseptique et de désespoir. J’ai jeté un coup d’œil à l’acte de mariage posé sur la table, la plume encore à côté, comme un témoin silencieux de la farce qui venait de se jouer.
Ma signature. Mon nom, Camille Mercier, à côté de celui d’Alexandre Moreau. Une union scellée par la peur, et maintenant, par une trahison que je refusais d’imaginer.
Gaspard traître ? Mais à qui ? À Alexandre ? Ou à moi ?
J’ai revu son sourire paternel, ses yeux pétillants quand je lui apportais des dossiers complexes que j’avais réussi à démêler. J’ai revu la confiance qu’il plaçait en moi, les responsabilités qu’il m’avait données. Il était la seule figure stable de ma vie après la descente aux enfers de mon père.
Mon père, Henri Mercier. Il était parti en catastrophe avec Maître Luc Béranger, le notaire à l’allure de vautour, dès que l’acte a été signé. Ils n’avaient pas voulu rater l’avion. Sans un regard pour moi, sans un mot de réconfort.
Ils avaient laissé une feuille de papier sur mon sac, le billet d’avion pour le vol retour, demain matin à 7h00. Un simple morceau de carton me rappelant la vitesse à laquelle ils s’étaient débarrassés de moi.
Le silence est revenu, pesant, écrasant. Je me suis levée, j’ai traversé la pièce en quelques pas hésitants. Mes doigts ont effleuré la vitre de la fenêtre, embuée par la chaleur de la nuit marseillaise. En bas, la ville brillait de mille feux, indifférente à mon calvaire.
Les ambulances passaient parfois sur le boulevard, leurs sirènes déchirant l’air avant de s’éloigner, emportant avec elles une part de l’angoisse ambiante. Mais celle-ci restait.
“Ne fais pas confiance à Gaspard.” La phrase d’Alexandre tourbillonnait dans ma tête, une ritournelle macabre.
Comment le parrain, plongé dans un coma végétatif depuis neuf mois, avait-il pu prononcer ces mots ? Pourquoi Gaspard ? Et pourquoi moi ?
J’ai regardé ma main droite, celle qui avait signé l’acte, celle dont le poignet avait été saisi par Alexandre. Il n’y avait plus de marque. Juste une sensation de froid persistante, comme si le contact de ses doigts glacés avait imprimé dans ma chair le poids de son avertissement.
J’étais seule, mariée à un mourant, au centre d’un complot dont je ne connaissais ni l’étendue, ni les acteurs. Et le seul homme en qui j’avais confiance venait d’être désigné comme l’ennemi.
La lourde porte en bois de la chambre 402, qui devait me protéger du monde extérieur, a grincé doucement.
Un homme est entré.
Gaspard Vaneau.
Part 2
Gaspard est entré, son sourire habituel fendant son visage. Il avait l’air un peu fatigué, mais toujours cette aura de maîtrise qui le distinguait.
« Camille, ma chère, que fais-tu encore ici ? » Sa voix était douce, presque paternelle. « J’ai appris la nouvelle… ce mariage… ton père a encore fait des siennes, n’est-ce pas ? »
Je me suis levée, un masque d’incrédulité et de fatigue sur le visage. J’ai serré les mains l’une contre l’autre pour masquer leur tremblement. « Gaspard… Je… je ne comprends pas. C’est arrivé si vite. »
Il s’est approché, posant une main réconfortante sur mon épaule. Son regard perçait le mien, cherchant quelque chose que j’espérais dissimuler. « Je suis là pour toi. Pour te protéger. Ce milieu est impitoyable, et ton père s’est mis dans un sacré pétrin. Mais je veillerai à ce que tu ne subisses pas les conséquences. »
La phrase d’Alexandre a résonné à nouveau : « Ne fais pas confiance à Gaspard. » Ses mots glaçants prenaient une nouvelle dimension face à la gentillesse feinte de mon mentor. Mon cœur s’est serré.
J’ai baissé les yeux, feignant la confusion. « Je ne sais pas ce que je ferais sans vous, Jason. Mon père… il a tout gâché. »
Gaspard a hoché la tête, un air grave. « Oui, il a tout gâché. Mais ne t’inquiète pas, je vais m’occuper de tout. » Il a marqué une pause, ses yeux balayant la chambre avant de revenir sur moi. « Les dettes, les arrangements… Je vais devoir agir vite pour sécuriser les biens de ton père, avant que le milieu ne vienne tout rafler. Tu sais, la procédure habituelle quand un membre s’endette lourdement. »
Ses mots, « sécuriser les biens », ont résonné d’une manière sinistre. Mon père avait parlé d’une dette de 2,4 millions d’euros, mais Gaspard évoquait maintenant « le milieu qui vient tout rafler » comme s’il s’agissait d’une opportunité, pas d’une menace à prévenir.
Soudain, une certitude glaciale m’a transpercée. Mon père n’avait pas seulement une dette. Il s’était engagé bien plus loin. Ce mariage forcé n’était pas juste pour effacer une somme. C’était une manœuvre.
Une manœuvre orchestrée par le notaire Béranger, oui, mais sous l’impulsion de Gaspard. Pour quoi ? Pour une procuration sur les biens d’Alexandre ? Pour une part des 18 millions d’euros que Gaspard convoitait ?
Je n’étais pas là pour être protégée, mais pour être un pion. Un pion qui légitimerait, par ce mariage, la mainmise de Gaspard sur tout ce que mon père possédait. Et au-delà.
Le sourire bienveillant de Gaspard masquait une intention froide et calculatrice. Il n’était pas venu me rassurer. Il était venu s’assurer que le plan était en marche, et que je n’y ferais pas obstacle. Il était là pour préparer le terrain à la saisie financière des biens de ma famille, une saisie qu’il avait lui-même orchestrée.
CHAPITRE 2: Le Piège du Notaire
Le cabinet de Maître Luc Béranger se situait au troisième étage d’un immeuble haussmannien du cours Pierre-Puget, à quelques centaines de mètres du palais de justice.
Une odeur de cire d’abeille et de papier ancien régnait dans le bureau. Derrière son bureau en acajou, le notaire feuilletait un dossier épais sans lever les yeux vers moi.
“Votre père est un homme imprudent, Camille,” dit Béranger en réajustant ses lunettes d’écaille. “Deux millions quatre cent mille euros de dettes de jeu et d’investissements frauduleux. C’est une somme considérable.”
“Je veux voir les actes de créance originaux,” répondis-je en posant mes deux mains à plat sur le buvard en cuir. “Je suis comptable. Je sais lire un bilan.”
Un sourire mince étira ses lèvres pales. Il fit glisser un document de quatre pages agrafées vers mon côté de la table.
“Regardez la clause d’affectation hypothécaire en page trois,” murmura Béranger.
Mes yeux balayèrent les lignes imprimées en petits caractères juridiques. Mon cœur manqua un battement.
Ce n’était pas un simple accord de remboursement sous tutelle notariale.
L’acte stipulait que la totalité des biens fonciers de mon père, ainsi que mes propres comptes d’épargne professionnels, étaient immédiatement transférés à une société civile immobilière gérée directement par Gaspard Vaneau.
“Ce document est une spoliation,” dis-je, la voix tremblante d’indignation. “Gaspard n’est pas un créancier public. C’est mon mentor, il prétendait nous protéger !”
“Monsieur Vaneau rachète les risques,” rétorqua le notaire d’un ton sec. “Et il a déjà fait bloquer les avoirs bancaires de votre père ce matin à huit heures. Vous n’avez plus aucun levier financier.”
La porte du bureau s’ouvrit sans qu’on y frappe. Gaspard Vaneau entra, ajustant la pochette en soie de sa veste sur mesure.
“Ne sois pas si dure avec Luc, Camille,” dit Gaspard d’une voix calme et enveloppante. “Je ne fais que sécuriser les meubles avant que la police financière ne mette son nez dans les affaires de ton père.”
Je le fixai, me rappelant la pression glacée des doigts d’Alexandre Moreau sur mon poignet une heure plus tôt.
Gaspard ne cherchait pas à nous sauver de la ruine. Il organisait le vide sanitaire autour du patrimoine de la famille Mercier pour s’en approprier chaque centime.
CHAPITRE 3: Les Doses du Silence
Il était vingt-deux heures passé quand je suis retournée à la clinique privée Saint-Augustin. Les couloirs du quatrième étage étaient plongés dans un demi-jour orangé.
Je me suis glissée dans le local des infirmières à l’aide d’un badge de service que j’avais subtilisé dans le vestiaire du personnel au rez-de-chaussée.
L’écran de l’ordinateur de garde clignotait. Le logiciel de suivi des traitements demandait un identifiant médical.
J’ai saisi le matricule du médecin de garde inscrit sur le tableau blanc du couloir. Le système s’est déverrouillé.
J’ai cherché le dossier du patient de la chambre 402 : Alexandre Moreau.
Le registre des prescriptions affichait une liste de molécules administrées par voie intraveineuse depuis trois mois.
Midazolam. Propofol. Des doses continues de sédatifs à haute concentration.
Je me suis penchée sur la colonne des signatures d’autorisation. Ce n’était pas le médecin chef de la clinique qui validait ces augmentations de posologie.
Chaque ordonnance portait le visa manuscrit de Maître Luc Béranger, agissant en qualité de mandataire légal sous le mandat d’incapacité d’Alexandre.
“Ce ne sont pas des soins,” murmurai-je devant le moniteur. “C’est une mise sous coma artificiel provoquée.”
On n’essayait pas de soigner le parrain du réseau. On l’empoisonnait à petit feu pour l’empêcher d’ouvrir les yeux et de reprendre le contrôle de ses affaires.
Soudain, un bruit de pas lourds a résonné dans le couloir, juste derrière la porte vitrée du local.
Je me suis baissée précipitamment derrière le comptoir en plastique blanc, le cœur battant à tout rompre.
Une ombre s’est arrêtée devant la vitre. C’était Maxime Roy, le bras droit et homme d’exécution de Gaspard, vêtu de son éternel manteau sombre.
CHAPITRE 4: La Créance Inventée
Le lendemain matin, à sept heures trente, le vent d’est soufflait en rafales sur le Vieux-Port de Marseille.
J’ai retrouvé mon père, Henri Mercier, à une table isolée au fond d’un café fréquenté par les marins-pêcheurs. Il tenait sa tasse de café à deux mains pour masquer ses tremblements.
“Tu m’as sacrifiée, papa,” dis-je sans préambule en m’asseyant en face de lui. “Tu m’as forcée à épouser un homme dans le coma pour effacer tes dettes.”
“Tu ne comprends pas, Camille,” bégaya-t-il, les yeux injectés de sang. “Ils m’auraient jeté au fond du bassin de la Joliette. Gaspard m’a juré que ce mariage te mettrait à l’abri.”
J’ai tiré de mon sac un relevé de compte analytique que j’avais reconstitué durant la nuit sur mon ordinateur portable.
“Regarde ces écritures,” dis-je en pointant les chiffres du doigt. “Les deux millions quatre cent mille euros ne correspondent à aucun transfert de fonds réel.”
Mon père fronça les sourcils, penchant la tête sur les colonnes de chiffres.
“Ce sont des écritures miroir,” lui expliquai-je. “Gaspard a créé trois sociétés écrans immatriculées au Luxembourg. Il a fait passer de fausses créances de jeu d’une entité à l’autre.”
Henri me fixa, bouche bée, sa tasse suspendue en l’air.
“La dette n’existe pas, papa,” repris-je d’une voix basse et tranchante. “C’est une pure fabrication comptable. Gaspard s’en est servi pour te faire peur et t’obliger à lui signer une procuration générale sur les dix-huit millions d’euros du groupe Moreau.”
Le visage de mon père devint livide. Il lâcha sa tasse qui se renversa sur la table en bois, étalant une flaque noire entre nous.
“Mais… Béranger m’a montré les reçus signés,” balbutia-t-il.
“Béranger touche quinze pour cent sur la transaction,” répondis-je. “Tu n’as rien perdu au jeu. Tu as juste servi de pion pour dépouiller Alexandre.”
CHAPITRE 5: Le Document Caché
Je suis retournée à la clinique Saint-Augustin sous prétexte d’apporter des effets personnels pour mon nouvel époux.
Dans la chambre 402, le bip régulier du cardioscope rythmait le silence oppressant. Alexandre Moreau était toujours aussi immobile, les paupières fermées.
Le gros meuble de rangement en acajou qui supportait le moniteur de tension semblait bancal. Il penchait légèrement sur la gauche.
Je me suis baissée pour ajuster la cale en plastique sous le pied arrière de l’armoire. En glissant ma main sous le panneau inférieur du meuble, mes doigts ont heurté une rainure.
La plaque en bois sous le tiroir principal n’était pas clouée. Elle glissait sur une glissière en métal dissimulée.
J’ai tiré la plaque d’un coup sec.
Un compartiment secret s’est ouvert dans l’épaisseur de la structure en bois massif. À l’intérieur reposait une pochette en cuir noir, fermée par un bouton-pression en laiton.
Je l’ai saisie et je l’ai ouverte d’une main fébrile.
Elle contenait un acte notarié original sur papier timbré, frappé du sceau d’une étude notariale étrangère et rédigé à la main.
Ce n’était pas un document produit par Maître Béranger.
Je suis allée me placer près de la fenêtre pour profiter de la lumière du jour et j’ai déplié les feuilles jaunies.
Le titre en haut de la première page m’a fait tressaillir : *Convention de cession d’actifs sous condition suspensive*.
CHAPITRE 6: La Preuve du Panama
Mes yeux parcoururent le texte manuscrit avec une rapidité affolée. Chaque paragraphe révélait l’ampleur du système de trahison.
L’acte stipulait que quarante pour cent du patrimoine immobilier et foncier du syndicat marseillais — soit plus de sept millions d’euros — avaient été secrètement cédés à une entité off-shore.
La société s’appelait *Santa Maria Holding*, domiciliée à Panama City.
Le véritable bénéficiaire économique de *Santa Maria Holding* n’était autre que Gaspard Vaneau lui-même.
“Il s’est servi des signatures de validation de l’entreprise quand Alexandre est tombé malade,” murmurai-je pour moi-même.
Gaspard n’avait pas seulement volé Alexandre Moreau. Il avait volé l’intégralité du conseil d’administration du réseau du milieu, trompant ses propres associés et ses hommes de main.
S’ils l’apprenaient, les chefs de faction du port de Marseille liquideraient Gaspard dans l’heure.
Soudain, le battement du cardioscope s’est accéléré brusquement. Les bips sonores devenaient plus stridents.
Sur le lit, la main d’Alexandre s’est contractée sur le drap blanc. Ses doigts se sont refermés en un poing dur comme de la pierre.
Je me suis retournée d’un bond, serrant le document contre ma poitrine.
La poignée de la porte de la chambre a tourné lentement.
CHAPITRE 7: L’Ombre du Tueur
La porte s’est ouverte sur la silhouette imposante de Maxime Roy. Il est entré dans la chambre, la main droite enfoncée dans la poche de son long manteau sombre.
Il a refermé le verrou derrière lui d’un geste machinal, sans quitter mes yeux des siens.
“Tu n’es pas censée fouiller dans ce meuble, Camille,” dit Maxime d’une voix monotone, presque dénuée d’émotion.
Il a sorti son arme de sa poche. Un pistolet automatique équipé d’un silencieux en acier noir.
“Gaspard sait que tu as posé trop de questions au notaire ce matin,” continua-t-il en faisant un pas vers moi. “Il m’a demandé de régler le problème proprement.”
Ma respiration s’est bloquée dans ma gorge, mais je n’ai pas reculé. J’ai tendu le document du Panama vers lui.
“Lis la page quatre, Maxime,” dis-je, en m’efforçant de garder une voix ferme. “Regarde l’annexe B du contrat.”
Maxime s’est arrêté à deux mètres de moi. Il a plissé les yeux, méfiant.
“Lis-la,” répétai-je. “Si tu me tues, tu ne sauras jamais ce que ton patron a prévu pour toi.”
D’un mouvement rapide de la main gauche, il m’a arraché les feuilles des mains sans baisser son arme. Il a jeté un coup d’œil rapide sur le texte.
La clause d’épuration interne figurait en toutes lettres à la fin de la page.
Elle ordonnait la liquidation physique de Maxime Roy dès la finalisation du transfert des avoirs vers le Panama, afin d’effacer tout lien entre Gaspard et les opérations d’exécution.
Le visage de Maxime s’est figé. La veine de sa tempe s’est mise à battre violemment.
“Il a signé ça ?” chuchota Maxime, le regard rivé sur la signature de Gaspard au bas de la page.
“Vous n’êtes qu’un témoin gênant pour lui, tout comme moi,” répondis-je.
CHAPITRE 8: L’Escalade Financière
Mon téléphone portable a vibré frénétiquement dans mon sac à main.
J’ai sorti l’appareil. Un message d’alerte de ma banque s’affichait sur l’écran : *Vos cartes de crédit et comptes bancaires professionnels ont été suspendus par mesure conservatoire judicaire.*
Un deuxième message est arrivé immédiatement après. Une photo envoyée par mon père.
La photo montrait la porte d’entrée de son appartement sur le boulevard de la Corderie, barrée par un ruban rouge et blanc et scellée par un huissier de justice.
“Gaspard a lancé l’offensive,” dis-je en montrant l’écran à Maxime.
“Il utilise la plainte pour détournement de fonds qu’il a déposée au nom du syndicat,” expliqua Maxime en rengainant lentement son arme. “Il étouffe toutes vos ressources pour vous empêcher de payer un avocat.”
“Il veut nous réduire à l’impuissance avant la fin de la semaine,” répondis-je.
“Il a fait pire que ça,” ajouta Maxime. “Il vient d’ordonner la fermeture des trois garages de couverture qui me servaient de relai. On est tous les deux coupés de la circulation.”
Mon père m’a rappelée dans la seconde, la voix hysterique au téléphone.
“Camille ! La police est chez moi ! Ils disent que j’ai détourné un million d’euros des comptes de la société d’Alexandre !”
“Ne touche à rien, papa,” criai-je dans le combiné. “Sors de l’immeuble tout de suite ! Retrouve-moi au hangar du bassin d’Arenc !”
J’ai racroché. Gaspard utilisait le système judiciaire légal combiné aux forces du milieu pour nous écraser simultanément.
CHAPITRE 9: Le Signal au Monde
Au même moment, un alarme aiguë a retenti dans la chambre 402.
Le moniteur cardiaque d’Alexandre s’est mis à émettre un sifflement continu. Son corps s’est soulevé du lit sous l’effet d’une convulsion violente.
De la mousse blanche est apparue au coin de ses lèvres. Ses yeux se sont révulsés vers le plafond.
“Une crise cardiaque !” me suis-je écriée. “La dose de sédatif était trop forte !”
Maxime s’est précipité vers la porte pour bloquer l’accès aux infirmiers qui accouraient dans le couloir.
“On a trente secondes avant qu’ils n’enfoncent la porte !” hurla Maxime.
J’ai attrapé mon téléphone intelligent. Mes mains tremblaient, mais je n’ai pas hésité.
J’ai cadré le document manuscrit du Panama posé sur la table de nuit. J’ai pris cinq photographies en haute définition des pages d’enregistrement, des signatures et des numéros de comptes off-shore.
J’ai ouvert l’application de messagerie cryptée liée au registre d’investigation criminelle internationale d’Interpol, un contact que j’avais conservé depuis mes premières découvertes sur le blanchiment.
J’ai sélectionné les fichiers et j’ai appuyé sur *Envoyer*.
La barre de progression s’est affichée sur l’écran. Ten per cent… Fifty per cent…
Les coups redoublaient contre la porte de la chambre. La voix du médecin chef résonnait dehors.
“Ouvrez cette porte immédiatement !”
Ninety per cent… *Message envoyé*.
Les données étaient désormais hors de portée de Gaspard Vaneau et du notaire Béranger. Le signal était donné au monde extérieur.
CHAPITRE 10: Le Piège d’Élodie
À dix-neuf heures, alors que la nuit tombait sur les bassins de la Joliette, j’ai reçu un appel d’un numéro masqué.
“Camille ? C’est Élodie Vaneau,” dit la voix froide et hautaine à l’autre bout du fil. “Je sais ce que mon père prépare. Il est devenu fou.”
Je suis restée silencieuse, me méfiant de la fille de Gaspard autant que du père.
“Mon père veut liquider tout le monde pour s’enfuir au Panama avec les dix-huit millions,” poursuivit Élodie. “J’ai les faux passeports et les clés d’accès au compte de secours. Si tu viens seule au hangar 44 sur les docks, je te donne de quoi sortir du pays avec ton père.”
“Pourquoi m’aiderais-tu ?” demandai-je.
“Parce qu’il m’a déshéritée de la holding off-shore,” cracha-t-elle avec une amertume féroce. “Je veux ma part avant qu’il ne détruise tout.”
Une heure plus tard, j’arrivai devant le hangar 44. C’était un bâtiment en tôle rouillée désaffecté, battu par le vent marin.
L’intérieur était sombre, éclairé seulement par les phares d’une berline noire stationnée au centre de la structure.
Élodie Vaneau était debout à côté du véhicule, vêtue d’un manteau de fourrure synthétique.
“Tu es venue seule ?” demanda-t-elle en esquissant un sourire mauvais.
Avant que je ne puisse répondre, deux hommes de main armés sont sortis de l’ombre derrière les conteneurs de fret, bloquant la sortie.
“Tu es toujours aussi naïve, Camille,” dit Élodie en s’éloignant vers la voiture. “Mon père ne laisse jamais de témoins. Et moi, je sécurise mes comptes off-shores.”
CHAPITRE 11: Le Choix de Maxime
L’un des hommes s’est avancé vers moi, un pistolet doté d’un silencieux tendu droit vers ma tête.
Un coup de feu sec a claqué dans le grand hangar.
L’homme qui me faisait face s’est effondré sur le sol en béton, touché en plein thorax.
Un deuxième tir a retenti immédiatement après. Le chauffeur d’Élodie, qui s’apprêtait à démarrer la berline, a traversé le pare-brise avant, la tête affaissée sur le volant.
Maxime Roy est sorti de derrière un empilement de palettes de bois, son arme encore fumante à la main.
“Dans la voiture ! Tout de suite !” cria Maxime en me tirant par le bras.
Élodie a poussé un hurlement de terreur et s’est précipitée vers les bureaux administratifs du hangar pour s’y réfugier.
Maxime a ouvert la portière passager de la berline noire, a poussé le corps du chauffeur hors du véhicule et s’est installé derrière le volant.
J’ai sauté sur le siège passager alors que des tirs de riposte balayaient la carrosserie de la voiture dans un fracas de tôle froissée.
Maxime a enclenché la marche arrière dans un crissement de pneus strident, pulvérisant la porte en bois du hangar avant de faire faire un demi-tour violent au véhicule sur le quai.
“Pourquoi tu m’as sauvée ?” criai-je par-dessus le rugissement du moteur.
“Parce que tu es la seule qui possède les codes de déchiffrement du document,” répondit Maxime, les yeux fixés sur le rétroviseur. “Et parce que Gaspard doit payer pour ce qu’il a écrit sur moi.”
L’alliance entre le tueur du syndicat et la comptable venait d’être scellée dans le sang.
CHAPITRE 12: Le Sang du Père
Nous avons roulé à toute allure vers les hauteurs de Marseille, en direction d’une ancienne cabane de pêcheur isolée dans les calanques de Niolon, où mon père s’était réfugié.
Mon père possédait la clé USB contenant les clés de chiffrement originales des comptes du réseau, l’ultime élément comptable nécessaire pour valider l’enquête d’Interpol.
Quand nous sommes arrivés devant le petit cabanon en pierre, la porte d’entrée était défoncée.
“Attends ici,” ordonna Maxime en sortant son arme.
Je n’ai pas obéi. Je l’ai suivi à l’intérieur.
L’intérieur de la pièce était saccagé. Les meubles étaient renversés, le plancher arraché.
Mon père, Henri Mercier, était allongé sur le dos au milieu du salon. Une flaque de sang sombre s’élargissait sous sa veste en toile.
“Papa !” me suis-je effondrée à genoux à ses côtés, soulevant sa tête.
Ses yeux étaient ouverts, vitreux, mais il respirait encore dans un râle rauque.
“Ils… ils ont pris la clé USB,” chuchota mon père, du sang s’échappant de son nez. “Les hommes de Gaspard…”
“Ne parle pas, reste immobile !” pleurai-je en pressant mes mains contre sa blessure à la poitrine.
Ses doigts froids ont agrippé la manche de mon pull avec une force surprenante.
“Camille… écoute-moi,” murmura-t-il dans son dernier souffle. “Tu dois savoir la vérité sur Alexandre…”
CHAPITRE 13: La Véritable Mariée
Je me suis penchée sur le visage de mon père, larmes aux yeux, pour entendre sa voix qui s’éteignait.
“Alexandre… il savait tout,” souffla Henri dans un souffle d’air sifflant.
“De quoi tu parles ?” demandai-je.
“Ce n’est pas moi qui ai suggéré ce mariage à Béranger,” avoua mon père, les yeux mouillés de regrets. “C’est Alexandre Moreau… avant de tomber dans le coma.”
Mon cœur s’est arrêté de battre.
“Alexandre savait que tu étais la lanceuse d’alerte qui accumulait les preuves contre le syndicat,” continua mon père avec difficulté. “Il savait qu’il allait être trahi par Gaspard. Il t’a choisie… pour être son détonateur.”
“Il s’est servi de moi ?” murmurai-je, dévastée.
“Il savait que si tu entrais dans sa famille… tu trouverais les preuves cachées et que tu détruirais Gaspard pour te sauver toi-même,” dit mon père.
Sa main s’est relâchée sur ma manche. Ses yeux sont devenus fixes, pointés vers le plafond en bois du cabanon.
Il ne respirait plus.
Je suis restée prostrée sur le sol, la tête posée sur la poitrine immobile de mon père, abasourdie par la révélation.
Je n’avais jamais été une victime du hasard. J’avais été sélectionnée, manipulée par un chef mafieux mourant pour accomplir sa vengeance à sa place.
“Camille, il faut partir,” dit la voix grave de Maxime au-dessus de moi. “Ils arrivent.”
CHAPITRE 14: L’Encerclement
Nous n’avons pas eu le temps de quitter les calanques. Des phares puissants ont éclairé la piste en terre menant au cabanon.
Trois SUV noirs ont bloqué le chemin de sortie.
Maxime m’a attrapée par le bras et m’a entraînée vers la villa principale d’Alexandre Moreau, une bâtisse fortifiée située sur le haut de la falaise, accessible par un chemin piétonnier escarpé.
Nous sommes entrés par la porte de service. Maxime a verrouillé les blindages en acier des baies vitrées et enclenché les verrous de sécurité.
Les téléphones ne captaient plus rien. Un brouilleur de signal avait été activé à proximité.
Par la fente du volet roulant du grand salon, j’ai vu deux hommes descendre des véhicules.
Gaspard Vaneau s’est avancé sur l’allée en gravier, escorté par le notaire Luc Béranger qui tenait une serviette en cuir sous le bras.
“Camille !” la voix amplifiée de Gaspard a résonné par un haut-parleur depuis l’extérieur. “Rends-moi lesoriginaux du Panama et je te laisse quitter la France !”
“Il ment,” dis-je à Maxime qui vérifiait le chargeur de son pistolet.
“Je sais,” répondit le tueur. “Il a amené six hommes armés avec lui.”
Maxime s’est tourné vers moi, le visage dur.
“C’est ici que ça se termine,” dit-il en armant la culasse de son pistolet.
CHAPITRE 15: La Fusillade de l’Aube
La porte principale de la villa a volé en éclats sous l’impact d’une charge explosive.
Gaspard Vaneau est entré dans le grand salon, son pistolet à la main, suivi de près par Maître Béranger qui tremblait de tout son corps.
“C’est fini, Camille,” dit Gaspard d’une voix calme. “Tu as été une excellente élève, mais tu as oublié la règle principale : le maître conserve toujours un coup d’avance.”
Il a souri magnanimement.
“Je savais que tu étais la lanceuse d’alerte depuis le premier jour,” reprit Gaspard. “C’est moi qui ai laissé filtrer les accès au compte du Panama pour que tu te jettes dans le piège.”
Maxime est sorti de derrière la colonne en marbre et a pressé la détente de son arme pointée sur la tête de Gaspard.
*Clic.*
Rien ne s’est produit. Le percutear a frappé dans le vide.
Maître Béranger a laissé échapper un rire nerveux.
“J’ai accédé à ton armoire à armes hier soir au garage, Maxime,” dit le notaire en tirant un percuteur démonté de sa poche. “Tu navigues à blanc depuis douze heures.”
Gaspard a ajusté son arme vers la poitrine de Maxime.
Soudain, les baies vitrées supérieures du salon ont explosé sous une rafale de tirs d’armes automatiques à haute cadence.
Des hommes vêtus de tenues tactiques noires sans insigne se sont introduits par le toit.
Ce n’était ni la police, ni les hommes de Gaspard. C’était la faction rivale du milieu marseillais, alertée par la fuite des documents qu’Interpol avait partagés sur les réseaux sécurisés.
Le salon s’est transformé en un champ de bataille sanglant. Des douilles brûlantes volaient dans toutes les directions.
Un impact de balle a atteint Maître Béranger en pleine gorge. Le notaire s’est effondré sur le tapis persan, lâchant sa serviette de documents.
Gaspard a été touché à l’épaule gauche. Il a poussé un hurlement de douleur, lâchant son arme avant de se jeter derrière un sofa en cuir pour ramper vers la sortie de service.
CHAPITRE 16: La Fuite sous la Pluie
“Maintenant !” hurla Maxime en m’attrapant par le col de ma veste.
Il m’a entraînée à travers le chaos des tirs crevant les murs et le mobilier. Nous sommes sortis par la porte arrière menant au jardin suspendu.
Une pluie battante s’était mise à tomber sur Marseille, noyant la côte dans une brume épaisse.
Au loin, le hurlement de plusieurs dizaines de sirènes de police remontait de la ville vers la falaise.
En contrebas de la route, j’ai aperçu une ambulance d’urgence scourtée par trois véhicules de la Brigade de Recherche et d’Intervention.
À travers la vitre arrière de l’ambulance, j’ai reconnu le visage pâle d’Alexandre Moreau sous son masque à oxygène. Les équipes médicales de la police venaient de l’extraire de la clinique Saint-Augustin.
Gaspard Vaneau, le bras ensanglanté, est apparu au bout de l’allée du jardin, s’engouffrant dans une voiture sans plaque avant de disparaître dans la nuit pluvieuse.
Il était blessé, en fuite, traqué par la police et par les tueurs des clans rivaux.
Maxime m’a poussée vers une petite voiture citadine garée dans une ruelle adjacente.
“Où allons-nous ?” demandai-je, trempée jusqu aux os, le corps secoué de spasmes.
“Nulle part où l’on puisse nous retrouver,” répondit Maxime en démarrant le véhicule.
CHAPITRE 17: Le Petit Matin
Le lendemain matin, à six heures, l’aube s’est levée sur une planque glaciale et humide située dans les étages d’un entrepôt abandonné du quartier de la Joliette.
L’odeur de rouille et de sel marin crevait l’air.
Je me tenais debout près de la fenêtre sans vitre, observant la circulation qui reprenait doucement sur le port.
Sur l’écran d’une vieille télévision à antenne posée sur une caisse en bois, le journal télévisé diffusait les images en direct du cabinet de Maître Béranger sous scellés policiers.
Le présentateur annonçait l’émission d’un mandat d’arrêt international contre Gaspard Vaneau pour fraude organisée, tentative d’assassinat et haute trahison criminelle.
Tous les comptes off-shores du syndicat au Panama étaient gelés. L’empire financier de dix-huit millions d’euros s’était effondré en une nuit.
Alexandre Moreau reposait dans le secteur de réanimation sous haute surveillance armée à l’hôpital Timone, vivant mais plongé dans un mutisme végétatif définitif.
Maxime Roy était assis dans le coin de la pièce, nettoyant calmement les pièces d’un pistolet qu’il venait de réarmer. Son visage gardait les marques des éclats de verre de la veille.
Je n’avais plus de père. Plus de maison. Plus de nom légal accessible sans risquer une balle d’un survivant du réseau.
Mon ancienne vie de comptable discrète était définitivement morte.
J’ai abattu l’homme qui m’avait tout appris, mais en détruisant son empire, j’ai aussi effacé chaque trace de la femme que j’étais.
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